Multi-Forme



La forme même du Borobudur, vue en plan, fait immédiatement penser à un mandala, lequel est un diagramme représentant, dans leur organisation cosmique, toutes les divinités du panthéon bouddhique et leurs forces. Il en a la disposition extérieure en carré, et son organisation intérieure en cercles.





Il serait aussi tentant de voir dans le Borobudur un gigantesque yantra, c’est-à-dire un instrument de méditation et de perfectionnement pour celui qui cherche l’Eveil. Le pèlerin, dans sa visite initiatique au Borobudur, après avoir rendu hommage au Bouddha et à sa Loi en pratiquant la circumambulation rituelle autour du monument, pénètre dans celui-ci ; comme en sanctuaire.





En traversant le premier porche (celui de l’Est, de la naissance du soleil), il parcourt alors les galeries suivant une spirale ascendante. Il passe d’étage en étage sous une porte ; et visualisant à la main droite les scènes inscrites sur les bas-reliefs, passant ainsi en revue la vie du Bouddha historique, les vies antérieures de celui-ci et de ses fidèles, jusqu’à ce que mû par l’exemple, il reçoive lui aussi l’esprit de la Bodhi et la parfaite Connaissance.

Devenu alors lui-même un bodhisattva, le pèlerin arrive sur les terrasses rondes où le monde matériel et des idéations disparaissent peu à peu pour faire place au Principe, représenté par le grand stupa.





Il redescendra ensuite, toujours en tenant le centre du monument à main droite, en spirale descendante, visualisant alors les bas-reliefs des balustrades et repassant sous les porches pour, graduellement, revenir au monde d’ici-bas. Il terminera enfin son pèlerinage par une nouvelle circumambulation rituelle.

Ayant parcouru tout le labyrinthe spirituel qui lui aura alors, par lui-même expérimenté une ascension spirituelle lui montrant une concentration progressive du multiple sur l’un : le moi réintégré dans le tout, le tout intégré dans le Moi, passant ainsi, dans sa pérégrination spirituelle, de la diversité de la création et des idées à l’Unique, et en redescendant sur terre, de Celui-ci à la diversité.





On pourrait assimiler le Borobudur au labyrinthe et à son symbolisme : il s’agit, pour le pèlerin, de parcourir ses galeries pour parvenir à son terme de son voyage initiatique, et de découvrir le sens caché en son centre. Il est tout entier le symbole de la voie à suivre, parfois difficile et peu aisé à comprendre, pour atteindre enfin à l’infini, qui se résume en un point inexistant, image même, de la Vacuité.

Le centre même du labyrinthe (les 3 terrasses) est réservé à l’initié qui a parcouru toutes les galeries et a, en conséquence, subi toutes les épreuves de l’initiation avant d’avoir reçu la Connaissance, qui lui permettra de visualiser le sans-forme.

L’aller et le retour dans le labyrinthe seraient symboliques de la mort et de la renaissance spirituelle, au-delà desquelles seulement l’initié pourra atteindre au sanctuaire intérieur caché qui réside dans les profondeurs de l’inconscient : l’être y retrouve alors l’unité du Soi, auparavant dispersé dans la multitude des perceptions comme des désirs.

Le Borobudur est dons à la fois un mandala, un yantra et un labyrinthe.